Nucléaire, Europacity, Agriculture bio : les dossiers chauds qui attendent François de Rugy

Le 28 août dernier, Nicolas Hulot quittait avec fracas le ministère de la Transition écologique et solidaire. Nommé pour le remplacer, François de Rugy récupère les dossiers laissés en suspend par son prédécesseur, comme la sortie du nucléaire, le projet Europacity ou l’agriculture biologique. Réputé plus « pragmatique » que l’ancien animateur TV, le nouveau ministre cherchera à démontrer que l’écologie est compatible avec l’économie.

Succéder au très médiatique — et très populaire — Nicolas Hulot ne sera pas chose aisée. François de Rugy, en quittant le perchoir de l’Assemblée pour le ministère Boulevard Saint-Germain va affronter le feu médiatique, les polémiques et les empoignades entre associations altermondialistes, entreprises, chasseurs, agriculteurs… Tout ce qui a fini par user jusqu’à la corde la patience du précédent ministre, avant sa démission fracassante en direct sur France Inter. Si la question Notre-Dame-des-Landes a été purgée sous Hulot, d’autres sujets difficiles devront être trancher.

Sortir du nucléaire

En haut de la pile, sur le bureau du nouveau Ministre : le dossier épineux du nucléaire. Dans un entretien accordé au Monde après sa nomination, François de Rugy a tenu à déminer le sujet : à la question « le nucléaire est-il encore une “énergie d’avenir”, comme le disait Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle ? », l’ancien candidat à la primaire de la gauche de 2017, qui prônait une sortie de l’atome d’ici à 2040, a répondu « spontanément, ma réponse est non. Mais il faut sortir de la guerre de religion ».

Si, comme son prédécesseur, François de Rugy souhaite réduire la part de l’atome dans le mix électrique et promouvoir au maximum les énergies renouvelables, la question demeure quand et comment ? C’est sur la méthode et le calendrier que le nouveau ministre pourra se différencier de Nicolas Hulot.

Depuis le quinquennat de François Hollande et l’accord PS-Verts de 2011 en vue de faire passer le mix électrique de 75 % à 50 % à horizon 2025, ce dossier empoisonne la vie des différents ministres de l’Écologie. François de Rugy sera vite mis dans le bain, avec la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) soumise dans quelques semaines au Parlement.

Face au vieillissement des centrales, le ministre devra jouer à l’équilibriste entre démanteler les plus anciennes (Fessenheim), prolonger certains réacteurs, voire… relancer un nouveau programme ?  Car dans le même temps, le Président de la République a pris des engagements en matière d’émission de carbone. Et les consommateurs sont attentifs à l’évolution des tarifs.

Europacity

Le projet Europacity sera le second grand chantier du ministre. Ce nouveau quartier construit aux portes de Paris et devant sortir de terre d’ici 2024 prévoit l’installation dans le triangle de Gonesse, dans le Val d’Oise, de plusieurs centres commerciaux, des musées, un parc, des hôtels… Si Nicolas Hulot voyait dans ce projet « une folie des grandeurs », son successeur pourrait y être beaucoup plus favorable. D’autant plus que l’État et le promoteur du centre Europacity (la société Alliages et Territoires) ont profité du renouvellement de leur accord pour négocier de nouvelles dispositions, notamment sur l’impact environnemental.

Les installations prévues à cet effet pourraient donc être étendues et amplifiées : toits végétalisés, une ferme agroécologie en circuits courts, plusieurs parcs urbains, des espaces verts, un centre de rétention des eaux pluviales…

Le 24 mars dernier, le Président de la République Emmanuel Macron se livrait à un discours en forme d’alerte pour la préservation de la biodiversité. « Nous ne sommes pas seulement en train de perdre la bataille contre le changement climatique, nous sommes en train de perdre notre bataille contre l’effondrement de la biodiversité » déclarait-il.

Pour Stéphane Foucart, chroniqueur dans les colonnes du Monde, « cette allocution a inscrit la biodiversité dans la parole présidentielle ». À ce titre, le projet Europacity pourrait bénéficier d’un soutien accru de l’Élysée et du gouvernement, le projet incarnant justement la réintroduction (voire l’introduction) de biodiversité dans des zones qui en étaient jusque-là assez pauvres, notamment grâce à ses 10 hectares d’espaces verts prévus.

L’agriculture bio…

Dernier sujet chaud pour le nouveau ministre, celui de l’agriculture biologique. Le gouvernement a annoncé vouloir faire passer de 6,5 à 15 % la surface agricole française cultivée en bio et assurer 20 % de produits bio dans les assiettes de la restauration collective, le tout d’ici 2022. Un plan « Ambition bio » encore flou sur ses moyens et sa méthode.

Le nouveau ministre devra relever les crédits dédiés au bio et trouver un moyen d’accélérer les conversions des paysans au bio. Au total, fin 2017, le nombre d’agriculteurs titulaires du label bio s’élevait à 36 664, et la tendance s’accélère : 4 300 nouveaux agriculteurs en juillet 2018, contre 3700 l’année dernière sur la même période. Seul bémol : le passage d’un mode d’agriculture à un autre entraîne régulièrement des retards sur les aides, mettant en péril la trésorerie des exploitants. Un autre sujet sur lequel devra plancher François de Rugy.

Alors que Nicolas Hulot était issu de la société civile, François de Rugy est un pur personnage politique. Moins connu et moins populaire que son prédécesseur, il semble davantage préparé pour affronter la jungle des ministères, des groupes de pression et des lobbyistes. Enfin et surtout, de Rugy a le soutien de la majorité et connaît les rouages du jeu parlementaires. Est-ce que cela sera suffisant pour ses prochaines réformes ? En 1975, son lointain prédécesseur à son poste Robert Poujade estimait que l’Écologie était « le ministère impossible ». Gage à François de Rugy de le faire mentir.

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