Applications, Nutriscore : une menace pour nos fromages français ?

Nutriscore fromages

Les applications et indicateurs de qualité nutritionnelle fleurissent sur nos smartphones et produits alimentaires. Mais sont-ils dignes de confiance ? Le cas du fromage, systématiquement dénigré par ces systèmes de notation en dépit de ses apports nutritionnels démontrés, interroge sur la fiabilité des Yuka et autres Nutriscore. 

Ce que je mange est-il bon pour ma santé ? La question est plus que jamais au centre des préoccupations des consommateurs, des consommateurs en recherche d’informations fiables, claires et précises sur la composition des aliments qu’ils achètent quotidiennement. En réponse à ces nouvelles exigences de transparence, plusieurs innovations ont récemment vu le jour, dans le but, louable, de permettre aux consommateurs de naviguer dans la jungle des produits qu’ils trouvent dans leurs supermarchés. Yuka, Open food facts, Kwalito, ScanUp, etc. : en 2018, 8% des foyers français utilisaient une ou plusieurs applications destinées à les guider dans leurs choix de consommation.

Yuka, Nutriscore : ces innovations qui bouleversent notre manière de consommer

Parmi ces nouveautés, l’application Yuka, téléchargée par plus de 13 millions de possesseurs de smartphone, se taille la part du lion. Présentée comme une véritable « révolution » par le cofondateur de la marque Michel et Augustin, l’appli permet à tout un chacun de scanner les codes-barres des produits présents en magasin et de décider, en fonction de la note attribuée par Yuka, s’il convient de les mettre dans son panier ou de les reposer sur leur rayon. Une aide aussi précieuse que bienvenue pour éviter de consommer de la « junk food » ou des produits trop gras ou sucrés, mais qui ne précise pas, d’emblée, comment et sur quels critères cette fameuse note est attribuée.

Car la note attribuée par l’application Yuka repose, pour 30%, sur la présence ou non d’additifs dans le produit concerné ; 10% de la note finale prennent en compte le caractère biologique, ou non, des aliments ; enfin, et surtout, 60% de la note qui apparaît sur le smartphone reposent sur un indicateur indépendant de l’entreprise Yuka : le Nutriscore. Adopté en France le 31 octobre 2017 – mais pas encore au niveau européen –, ce système d’étiquetage nutritionnel – et facultatif – est désormais bien connu des consommateurs français, qui sont habitués à se référer au petit logo représentant une échelle de couleur (du vert foncé au rouge) et des lettres (de A à E).

Les fromages artisanaux victimes d’algorithmes aveugles

Rien de plus simple, en apparence. En vert, les produits contenant beaucoup de fruits ou de légumes, peu sucrés, peu gras. En rouge ou orange, les bonbons, biscuits, sodas et autres plats « tout prêts », aussi facile à réchauffer que médiocres d’un point de vue nutritionnel. Et le fromage – surtout s’il s’agit d’un fromage artisanal, « à l’ancienne », traditionnel et par voie de conséquence, souvent trop riche en acides gras saturés et trop salé au regard des critères retenus par le Nutriscore et les applications qui s’y réfèrent, comme Yuka. En dépit du fait qu’ils contiennent des micro-nutriments bons pour la santé et malgré l’absence d’additifs potentiellement dangereux, presque aucun de nos fromages nationaux ne répond ainsi aux critères du Nutriscore.

Et pour cause. S’il a le mérite d’exister, le système de notation promu par la France fait l’impasse sur de nombreux aspects : ainsi, le Nutriscore ne prend pas en compte la notion de portion, pourtant fondamentale, son évaluation se fondant systématiquement sur la consommation théorique de 100 grammes de produit – et ce alors que, pour le fromage, la portion journalière recommandée est comprise entre 20 et 30 grammes ; l’indicateur ignore également la présence de micro-nutriments, tels que les vitamines, minéraux et oligo-éléments contribuant au maintien d’une bonne santé, à l’image du calcium, largement présent dans le fromage ; enfin, le Nutriscore met de côté le degré de transformation des produits, toujours au détriment du fromage qui, en général, se contente de trois ingrédients – lait, sel, ferments – et pas un de plus.

Autant d’angles morts que dénonce la diététicienne-nutritionniste Brigitte Coudray, selon qui « cette répartition de la note (attribuée par Yuka) n’est étayée par aucun argument scientifique par rapport à un risque pour la santé ». « Au final, les fromages sont plombés par leurs teneurs en graisse et en sel (…) et leurs bons aspects ne sont pas valorisés », poursuit la spécialiste. Qui n’est pas plus tendre avec le Nutriscore « car encore une fois, bien qu’il y ait un algorithme spécifique pour ce type de produits, le calcium et les vitamines ne sont pas pris en compte ». Conclusion, « un aliment orange ou rouge ne veut bien évidemment pas dire qu’il est dangereux pour la santé, mais qu’il est à consommer avec modération. (…) Le fromage reste la principale source de calcium pour les adultes, il est également riche en protéines, en minéraux et en oligo-éléments tels que l’iode et le phosphore, ainsi qu’en vitamines du groupe B et A ».

L’Italie veut protéger la gastronomie méditerranéenne

La France n’est pas la seule patrie du fromage, et ses spécialités lactées pas les seules victimes d’algorithmes aveugles à leurs atouts. En Italie aussi, les producteurs de parmesan ou d’huile d’olive sont vent debout contre le Nutriscore, accusé de rabaisser la cuisine méditerranéenne au rang d’un vulgaire soda : « on sait que l’agriculture italienne offre une production de la plus haute qualité, peste Ettore Pandini, le président du syndicat agricole transalpin. À en juger d’après une marque verte du Nutriscore, une cannette de Redbull ou Coca zero sont plus sains, alors que nous savons que ces boissons sont nuisibles et ne dépassent manifestement pas par leur valeur nutritionnelle un verre de lait ou un morceau de fromage Grana Padano ». Bien décidée à ne pas se laisser faire, Rome planche sur son propre système de notation et réfléchit à un label « Made in Italy » à même de protéger les trésors de sa gastronomie.

1 Comment

  1. Bonjour,
    L’application ScanUp présente le degré de transformation du produit en première clé de lecture pour contrebalancer la vision réductionniste du Nutri-score.
    Les fromages naturels (lait, sel, ferments) y sont favorablement présentés sur ce point. Attention à ne pas faire de généralités, certaines applications font l’effort d’un travail scientifique et holistique.

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