La pollution de l’air représente aujourd’hui une menace majeure pour la santé publique. Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 20 % des décès lui seraient attribuables. Une nouvelle étude réalisée par Santé Publique France met en lumière les bienfaits significatifs d’une réduction de cette pollution à l’échelle régionale, y compris en Corse.
Des chiffres alarmants et des pathologies évitables
L’étude s’est penchée sur huit maladies respiratoires, cardiovasculaires et métaboliques, telles que l’asthme, le cancer du poumon, le diabète de type 2 et les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Les conclusions sont sans appel : une baisse des niveaux de pollution pourrait prévenir près de 11 % des cas d’asthme chez les enfants, soit environ 110 cas par an. Les bénéfices s’étendent également à l’hypertension artérielle (230 cas évitables), au diabète (40 cas évitables) et à la broncho-pneumopathie chronique obstructive (70 cas évitables).
Malgré une pollution moins intense que sur le continent, la Corse n’est pas épargnée. Les zones urbaines denses sont particulièrement touchées, ce qui souligne l’importance de mesures pour améliorer la qualité de l’air.
Une mobilisation persistante des acteurs locaux
Le collectif Terra, qui regroupe notamment la Ligue contre le cancer de Corse du Sud, plaide depuis longtemps pour une action renforcée contre la pollution de l’air. Le docteur Sauveur Merlinghi, membre actif de ce collectif, exprime une frustration grandissante : « On peut réclamer un CHU et un PET-scan pour diagnostiquer les maladies, mais ce que je souhaiterais, c’est réduire le nombre de malades en agissant en amont. Malheureusement, on alerte sans voir de réaction concrète.»
Surveillance renforcée et nouveaux projets
L’association Qualit’Air Corse, dirigée par Jean-Luc Savelli, est chargée de la surveillance de la qualité de l’air. Elle utilise des méthodes classiques de mesure au sol ainsi que des données satellites pour affiner ses prévisions. Actuellement, deux projets majeurs sont en cours : une évaluation de l’impact des activités portuaires et une proposition visant à installer des capteurs de qualité de l’air dans les cours de collèges et lycées.
Jean-Luc Savelli souligne une tendance inquiétante : depuis 2021, la fréquence et la durée des alertes pollution ont augmenté. « Les épisodes de pollution sont non seulement plus fréquents, mais aussi plus longs, ce qui multiplie les jours de dépassement des seuils depuis 2008.»
Une prise de conscience indispensable
Malgré les multiples alertes et discussions avec les autorités, les avancées restent limitées. « On a l’impression que les décisions sont bloquées par des contraintes financières et socio-économiques,» regrette le docteur Merlinghi.
L’étude de Santé Publique France pourrait toutefois faire évoluer les mentalités. En prévenant entre 15 et 300 nouveaux cas de maladies chaque année, les gains seraient non seulement sanitaires mais également économiques. Une opportunité que la Corse ne peut se permettre d’ignorer.