Après plus de dix ans de silence sur les rails, la ligne TER entre Montréjeau et Luchon reprend vie. Une réouverture très attendue dans cette enclave pyrénéenne, où les habitants misent sur le retour du train pour revitaliser la ville thermale et désenclaver la vallée.
Dix ans d’attente au bout des rails de train
C’était une ligne oubliée, laissée à l’abandon depuis 2014 après d’importants dégâts causés par des inondations. Les 36 kilomètres reliant Montréjeau à Bagnères-de-Luchon, nichée au cœur de la Haute-Garonne, n’étaient plus qu’un souvenir pour les habitants de la vallée. Mais ce mois de juillet 2025 marque un tournant : le TER refait son entrée en gare de Luchon, au grand soulagement des riverains et des élus locaux.
Ce retour n’est pas anodin. Il incarne une promesse de reconquête territoriale, à une époque où les zones de montagne peinent à retenir leurs habitants et à attirer des visiteurs hors saison. Pour Luchon, commune thermale au riche passé touristique, le train pourrait être le levier tant espéré pour relancer une activité économique fragilisée.
« On se sentait coupés du monde »
Sur les quais fraîchement rénovés, l’émotion est palpable. Pour beaucoup, cette réouverture a une valeur presque symbolique. « On se sentait coupés du monde », confie Marie, commerçante installée depuis 25 ans dans la rue principale de Luchon. « Le train, c’est une ouverture, une respiration. J’espère que cela va redonner envie aux gens de revenir passer quelques jours ici. »
Car depuis la fermeture de la ligne, la commune a vu s’effriter petit à petit son attractivité. Moins de curistes, moins de randonneurs, et une desserte routière trop contraignante ont creusé l’isolement de ce territoire pourtant doté d’un cadre naturel exceptionnel. Le retour du TER n’est donc pas qu’une affaire de transport : il redonne à Luchon un accès direct au reste du monde.
Un chantier exemplaire et une première en France pour un train local
Techniquement, la réouverture de la ligne est aussi une vitrine de modernisation ferroviaire. Elle s’est faite grâce à la pose d’un nouveau système de traction électrique à hydrogène, une première pour une ligne TER en France. Ce choix s’inscrit dans les objectifs régionaux de mobilité durable, avec une volonté affichée de réduire l’empreinte carbone du transport public.
La Région Occitanie, qui a porté le projet avec le soutien de SNCF Réseau, espère que cette réouverture servira de modèle pour d’autres lignes dites « secondaires » en sommeil. L’enjeu dépasse Luchon : il s’agit de réinventer le train du quotidien en zone rurale et de montagne.
Ce train est un pari sur l’avenir
Rouvrir la ligne, c’est aussi miser sur un tourisme plus durable et plus accessible. En été comme en hiver, Luchon attire des passionnés de montagne, de thermalisme ou de cyclotourisme. Le TER devient un atout pour une clientèle souhaitant se passer de voiture, tout en offrant une solution de transport plus abordable pour les habitants.
« Ce n’est pas juste un train, c’est une dynamique nouvelle », résume le maire de la commune. « Nous avons des projets autour de la gare, pour y installer des services, des commerces, et même des navettes pour les stations de ski. » L’effet domino est espéré : redonner vie à la ville, relancer l’économie locale et donner envie, à nouveau, de s’y installer.