Face à la chute de la consommation de vin, les viticulteurs bordelais misent sur le claret, un rouge clair historique apprécié des Anglais au Moyen Âge. Avec son cahier des charges validé par l’INAO et son style léger, fruité et frais, ce vin pourrait bien devenir la star de l’été 2026 et séduire les jeunes amateurs à la recherche de vins d’apéritif faciles à boire.
Un vin historique remis au goût du jour
En pleine crise de consommation, le vignoble bordelais cherche de nouvelles voies pour attirer le public, notamment les jeunes adultes. Le claret, vin rouge clair qui se prononce « clarette », est désormais au centre de cette stratégie. Longtemps oublié, il a bénéficié en juin dernier de la validation de son propre cahier des charges au sein de l’AOC Bordeaux, où il n’était jusqu’alors mentionné qu’indirectement, sans caractéristiques précises.
Le directeur de la communication de l’interprofession bordelaise, Christophe Chateau, voit dans ce projet une opportunité : « Nous espérons faire du claret la vedette de l’été 2026, en le positionnant comme le premier vin rouge léger d’appellation. » Cette initiative s’inscrit dans la volonté de diversifier les types de vins proposés et de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation, où les vins légers, frais et accessibles concurrencent désormais les bières et autres apéritifs.
Une boisson estivale, légère et gourmande
Le claret se distingue par sa faible teneur en tanins, ses arômes fruités et sa buvabilité. Destiné à être consommé « directement sorti du frigo », il se veut un vin de plaisir, à partager sans attendre un repas élaboré. Stéphane Gabard, président du syndicat des Bordeaux et Bordeaux supérieurs, insiste : « Ce vin correspond aux modes de consommation qui changent, avec moins de tanins, plus de fruit et de gourmandise. »
Le claret ne doit pas être confondu avec le clairet, rosé foncé du Bordelais, bien que leur origine historique soit liée. Il s’agit d’un vin léger, produit selon une vinification spécifique qui préserve sa clarté et son équilibre, tout en utilisant les mêmes cépages traditionnels de Bordeaux, principalement le cabernet sauvignon et le merlot.
Une tradition anglaise reprise par les Bordelais
Ce vin possède une histoire millénaire. Du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle, le claret coulait en abondance dans le Bordelais et était très prisé des Anglais, après le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152. Sa production était simple : le vin était produit sans pressoir, apprécié pour sa clarté et son faible taux d’alcool, et consommé quotidiennement, comme un pain liquide. À l’époque, environ 800.000 hectolitres étaient exportés chaque année vers l’Angleterre.
Avec l’avènement des grands vins rouges de garde au XVIIᵉ siècle, le claret a été progressivement relégué au second plan. Néanmoins, le lien avec le Royaume-Uni a perduré, et aujourd’hui encore, 10.000 à 15.000 hectolitres de claret sont vendus chaque année sur le marché britannique, où le terme désigne un vin rouge classique.
Un pari pour l’avenir
Certains viticulteurs bordelais ont déjà misé sur cette renaissance. Joël Duffau, dans l’Entre-Deux-Mers, a produit un « French Claret » depuis deux ans, avec un hectare dédié sur ses 24 hectares de vignoble. « Ce qui est amusant dans cette histoire, c’est qu’on se sert d’une dénomination historique pour créer un produit hyper moderne », résume Christophe Chateau.
L’INAO a autorisé jusqu’à sept grammes de sucres résiduels par litre, contre trois pour un Bordeaux rouge classique, afin de renforcer la gourmandise et la buvabilité du vin. Le degré d’alcool n’est pas strictement défini, mais devrait avoisiner 12 degrés, en adéquation avec son style léger et estival.
Dans un vignoble bordelais réduit à 95.000 hectares par des plans d’arrachage visant à limiter la surproduction, le claret ne représente pour l’instant qu’1 à 2 % des surfaces cultivées. Mais les ambitions sont grandes : « Atteindre 10 % d’ici une quinzaine d’années serait une très belle réussite », estime Stéphane Gabard.
Une stratégie face à la baisse de consommation
Le claret s’inscrit dans une démarche plus large visant à reconquérir un public jeune et urbain, moins attaché aux traditions du vin et plus sensible aux produits faciles à boire. Les vins frais, blancs, rosés, doux ou effervescents sont désormais présentés comme des alternatives pour les moments d’apéritif ou de convivialité, plutôt que comme des vins à accompagner impérativement d’un repas.
En relançant le claret, le Bordelais mise sur un équilibre entre tradition et modernité : un vin historique qui séduit par sa légèreté et sa fraîcheur, tout en rendant hommage à une époque où Bordeaux était déjà un acteur majeur du commerce vinicole international.