Supprimer la date de durabilité minimale sur certains produits du quotidien pour réduire le gaspillage : l’idée, longtemps cantonnée aux cercles militants, fait désormais son chemin dans l’arène politique. Présentées mercredi 13 février dernier à l’Assemblée nationale, les conclusions des États généraux du gaspillage alimentaire ouvrent la voie à une évolution réglementaire qui pourrait concerner directement des millions de consommateurs.
À l’origine de la démarche, le député Guillaume Garot, qui a lancé cette large concertation en 2025. Pendant un an, élus, distributeurs, industriels, agriculteurs et acteurs associatifs ont travaillé à un ensemble de propositions rassemblées dans un « Agenda 2030 » de lutte contre le gaspillage.
Parmi les mesures phares figure une recommandation très concrète : supprimer la date de durabilité minimale sur des produits secs à très longue conservation, comme les pâtes, le riz ou encore certaines céréales.
Mettre fin à une date jugée trompeuse
Pour le député de la Mayenne, la présence d’une date sur ce type d’aliments entretient une confusion durable chez les consommateurs. « Ce sont des produits qui se conservent extrêmement longtemps », a-t-il rappelé en présentant les conclusions des travaux à l’Assemblée nationale. Selon lui, la date de durabilité minimale – la fameuse DDM – est trop souvent assimilée à une date de péremption, alors qu’elle n’a pas de portée sanitaire.
Dans les faits, la DDM indique seulement qu’au-delà d’une certaine période, le fabricant ne garantit plus pleinement les qualités gustatives ou nutritionnelles du produit. Elle ne signifie pas que l’aliment devient impropre à la consommation.
Le député prend pour exemples des produits déjà exemptés de toute date, comme le sucre, le vinaigre ou encore le gros sel. « Faisons-le pour ces produits du quotidien », plaide-t-il, convaincu que la disparition de la mention sur les emballages pourrait modifier durablement les comportements d’achat et de tri à la maison.
Un gaspillage encore massif dans les foyers
L’enjeu est loin d’être symbolique. Selon les chiffres communiqués à l’issue des États généraux, chaque Français jetterait en moyenne l’équivalent de 135 euros de nourriture encore consommable par an. Cela représente près de deux semaines de budget alimentaire pour un ménage moyen.
Les organisateurs estiment qu’une part importante de ce gaspillage est directement liée à une mauvaise compréhension des dates figurant sur les emballages. Les produits secs, très peu périssables, sont particulièrement concernés.
Pour les auteurs du rapport, supprimer la DDM sur certains aliments permettrait d’agir à la source, avant même que la question du don ou du recyclage ne se pose.
Une réforme qui passe par l’Europe
La proposition ne relève toutefois pas uniquement de la compétence nationale. Les conclusions des États généraux appellent explicitement l’État français à intervenir auprès de la Commission européenne afin de faire évoluer la réglementation communautaire.
L’objectif serait d’élargir la liste des produits pouvant être exemptés de date de durabilité minimale au niveau européen, afin d’éviter toute distorsion de règles entre États membres.
Une évolution saluée par les acteurs de la distribution. La Fédération du commerce et de la distribution, représentée lors de la présentation, a jugé la démarche pertinente, rappelant que la priorité devait rester la sécurité sanitaire. Selon la profession, l’absence de DDM sur ces produits secs ne présenterait aucun risque pour les consommateurs.
Une feuille de route plus large contre le gaspillage
Au-delà de la question des dates, les États généraux formulent toute une série de propositions pour structurer la politique publique de lutte contre le gaspillage alimentaire.
Le rapport recommande notamment de renforcer l’éducation à l’alimentation dès l’école, de créer une semaine nationale annuelle consacrée à la lutte contre le gaspillage, ou encore d’améliorer les dispositifs incitant les entreprises à privilégier le don plutôt que la destruction des invendus.
La mise en place d’une plateforme numérique nationale est également évoquée pour faciliter la coordination entre les différents acteurs engagés sur le terrain.
Présent lors de l’événement, le ministre délégué à la Transition écologique Mathieu Lefèvre a annoncé l’extension, dans les douze prochains mois, du label anti-gaspillage à de nouveaux acteurs de la chaîne alimentaire. Ce label vise à valoriser les entreprises engagées dans des pratiques plus responsables, tant en matière de réduction des déchets que d’alimentation durable.
Vers une future loi au printemps
Les conclusions des États généraux ne resteront pas lettre morte, assure leur initiateur. Une proposition de loi issue de ces travaux doit être déposée au printemps prochain afin de traduire une partie des recommandations dans le droit français.
Reste une inconnue de taille : la capacité de la France à convaincre ses partenaires européens de faire évoluer un cadre réglementaire commun. Car si la suppression des dates sur les pâtes ou le riz semble faire consensus en France, la décision finale se jouera désormais à Bruxelles.
Pour ses promoteurs, l’enjeu dépasse largement la simple étiquette sur un paquet de riz. Il s’agit, à travers un signal simple et visible, de modifier en profondeur le rapport des consommateurs aux aliments et à leur durée de vie réelle.