Le dossier SFR prend plus de temps que prévu. Alors que la période de négociations exclusives devait initialement s’achever ce vendredi 15 mai, Altice France a décidé de la prolonger jusqu’au 5 juin 2026 afin de poursuivre les discussions avec Orange, Bouygues Telecom et Iliad, maison mère de Free.
Dans un communiqué commun, les quatre groupes concernés ont confirmé que les échanges se poursuivaient dans un climat qualifié de « constructif ». Ils précisent toutefois qu’aucun accord définitif n’est encore garanti à ce stade. Cette prolongation illustre la complexité d’une opération qui pourrait profondément transformer le paysage des télécommunications en France.
Un chantier colossal à finaliser
Selon une source proche du dossier, le report s’explique principalement par l’ampleur du travail restant à accomplir avant une éventuelle signature.
La vente de SFR représente en effet une opération évaluée à plus de 20 milliards d’euros, avec une répartition extrêmement complexe des actifs entre les différents opérateurs candidats au rachat.
Le projet actuellement étudié prévoit que Bouygues Telecom récupère environ 42 % des activités de SFR, tandis que Free hériterait de 31 % et Orange de 27 %.
Les discussions portent notamment sur le partage des abonnés, des infrastructures techniques, des antennes, des fréquences mobiles ainsi que des réseaux fixes et fibre.
Bouygues en position centrale
Dans le scénario envisagé, Bouygues Telecom apparaît comme le principal bénéficiaire de l’opération. L’opérateur récupérerait notamment l’activité professionnelle de SFR, un secteur stratégique et particulièrement rentable.
Cette branche B2B représente un enjeu majeur dans les négociations, car elle concerne les services fournis aux entreprises, aux administrations et aux collectivités.
Orange et Free, de leur côté, chercheraient surtout à renforcer leurs positions sur certains segments du marché mobile et fixe ainsi que sur les infrastructures réseau.
Retour possible à trois opérateurs
Si l’opération aboutit, le marché français des télécommunications repasserait de quatre à trois grands opérateurs nationaux, une configuration qui avait disparu avec l’arrivée de Free Mobile en 2012.
Ce retour à trois acteurs majeurs suscite déjà de nombreuses interrogations sur les conséquences pour les consommateurs.
Le gouvernement assure suivre le dossier de très près. Le ministère de l’Économie a déjà indiqué vouloir rester particulièrement vigilant concernant l’emploi, les investissements dans les réseaux et l’évolution future des prix des abonnements.
Les autorités redoutent notamment qu’une réduction du nombre d’opérateurs entraîne une hausse des tarifs ou une baisse de la concurrence sur certains services.
Des inquiétudes sur l’emploi
Le dossier provoque également des tensions sociales au sein de SFR. Les syndicats craignent des suppressions de postes en cas de démantèlement de l’opérateur.
Les 300 boutiques SFR emploient environ 2 000 salariés, auxquels s’ajoutent plusieurs milliers d’emplois liés aux services techniques, administratifs et commerciaux.
Fin avril, plusieurs organisations syndicales avaient déjà appelé à la grève afin d’alerter sur les risques sociaux associés au projet de vente.
Les représentants du personnel réclament davantage de garanties sur le maintien des emplois et des activités.
Une opération encore loin d’être finalisée
Même si les négociations aboutissent dans les prochaines semaines, le processus reste encore très loin d’être terminé.
L’opération devra ensuite être examinée par les autorités françaises et européennes de la concurrence, qui analyseront l’impact d’un tel rapprochement sur le marché des télécommunications.
Ce contrôle pourrait durer plusieurs mois et conduire à des exigences importantes, notamment des cessions d’actifs ou des engagements sur les prix et les investissements.
Dans ce contexte, l’avenir de SFR demeure encore incertain. Mais une chose est déjà claire : cette vente pourrait marquer un tournant majeur pour le secteur des télécoms en France.