La Tchéquie choisit les centrales nucléaires coréennes au détriment des technologies d’EDF. Deux réacteurs sont prévus, mais l’Union Européenne veut empêcher ce contrat. Un bras de fer s’engage.
Un soupçon de concurrence déloyale
La société sud-coréenne a été choisie par l’énergéticien tchèque CEZ pour construire deux réacteurs dans son parc de centrales nucléaires. Cependant, une subvention non-déclarée aurait été perçue par la société asiatique qui aurait bénéficié d’un avantage par rapport à son concurrent EDF. Le commissaire européen à l’industrie, Stéphane Séjourné, a été envoyé sur place pour enquêter. L’objectif est de vérifier que les lois régissant la concurrence ont bien été respectées.
Stéphane Séjourné a envoyé un courrier au gouvernement tchèque le 2 mai pour leur demander de suspendre le contrat tant que l’enquête n’avait pas abouti. Le ministre tchèque de l’Industrie, Lukas Vicek, s’était montré favorable à la construction de deux réacteurs coréens à Dukovany. Le pays a pour ambition de booster ses centrales nucléaires implantées dans le sud. Le contrat aurait dû être signé le 7 mai. Comme EDF a déposé une plainte, la Tchéquie a décidé de bloquer la signature le temps que l’enquête aboutisse.
L’UE accusée de défendre les centrales nucléaires françaises
Les deux centrales nucléaires de Tchéquie sont contrôlées et gérées par la CEZ, entreprise d’Etat. Elles représentent autour de 40% de la production d’électricité tchèque. Le patron Daniel Benes de la CEZ a réagi : “le contenu de la lettre doit être rejeté”. Selon lui, le vrai conflit d’intérêt concerne le commissaire européen et la France.
Aux yeux des opérateurs tchèques, la France use de son influence à la Commission Européenne pour tenter de favoriser EDF et ses centrales nucléaires. “Les Français feront tout pour empêcher la construction d’une telle centrale” accuse Daniel Benes.
La Commission Européenne avait exigé des détails à la CEZ et KHNP dès le 12 février pour garantir l’intégrité des offres. L’objectif est d’empêcher que la concurrence soit faussée par des aides d’Etats étrangers soucieux de valoriser leurs entreprises. D’après des sources proches du dossier, la Corée du Sud aurait sciemment agi pour remporter l’appel d’offres.
Une procédure pour protéger le marché européen
Ce genre de procédure a déjà été mis en œuvre pour écarter des constructeurs chinois de centrales nucléaires qui n’avaient pas joué franc jeu. Le porte-parole de la Commission a annoncé que la CEZ n’avait pas répondu aux demandes d’information. L’entreprise tchèque a continué d’accuser le Commissaire européen de défendre les intérêts de la France.
Toutefois le porte-parole rappelle que “C’est un membre du Collège appliquant la législation et dialoguant avec les autorités tchèques pour protéger notre marché unique”. La construction des réacteurs devrait débuter en 2029 pour 8 milliards d’euros. Quant à la mise en service, elle est planifiée pour 2036.


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