L’annonce par la ministre de la Santé, Geneviève Darrieussecq, de sa volonté d’interdire les sachets de nicotine, également appelés « pouches » pourrait ne jamais être mise en œuvre. En cause notamment, les risques d’explosion d’un marché noir de produits non contrôlés et potentiellement dangereux.
Les « pouches », ces petits sachets de nicotine à placer contre les gencives, pourraient bientôt être interdits à la vente. La ministre de la Santé, Geneviève Darrieussecq, l’a affirmé le 29 octobre dernier dans Le Parisien, même si cette proposition n’a pas encore été officiellement reprise par le gouvernement et que des discussions sont actuellement en cours à l’Assemblée Nationale pour taxer et encadrer strictement ces produits.
La ministre souhaite « interdire ces produits qu’il s’agisse des sachets contenant de la nicotine à placer dans la bouche, contre la gencive ou sous la langue, mais aussi des produits similaires qui se présentent sous la forme de gommes ou de billes. Le marketing de ces produits est directement ciblé vers les jeunes et je souhaite que nous puissions protéger notre jeunesse ».
Une interdiction qui est encore loin d’être actée tant les risques de marchés noirs et de ventes à la sauvette sont importants. Interdire des produits ne permet pas toujours de barrer la route aux problèmes de santé publique posés par ces produits, et peut même les amplifier et les déplacer vers des circuits non contrôlés, où les doses et la composition sont quasi toujours inadaptées ou excessives. Les parlementaires penchent plutôt pour une réglementation stricte de ces petites poches de nicotine , notamment pour prévenir les risques d’intoxication et éviter que les jeunes n’aient accès au produit.
L’exemple de la Belgique est parlant, où une interdiction similaire a entraîné une prolifération de produits illégaux hyper-nicotinés, alors que l’autorité sanitaire fédérale belge avait pointé qu’un usage adapté du produit avec des teneurs limitées en nicotine étaient de nature à éviter les intoxications. Les marchés noirs se caractérisent par l’absence de contrôle sur les dosages de nicotine et les éventuels additifs dangereux, créant un environnement où les consommateurs, et notamment les jeunes, s’exposent à des risques plus importants qu’avec une consommation régulée.
La mise en place d’une réglementation stricte, avec des seuils de nicotine appropriés, une restriction des arômes et des canaux de distribution très limités, pourrait au contraire permettre de contrôler la composition et la qualité de ces produits et de limiter leur attrait pour les jeunes. Plutôt que d’interdire complètement les pouches, le gouvernement imposerait une teneur maximale en nicotine à ces petits sachets, avec des seuils limités évitant les effets secondaires, pour parvenir à un produit a priori moins risqué que la cigarette, comme l’observent les autorités sanitaires allemandes dans un rapport rendu sur le produit. Encadrer de manière adaptée les pouches peut être ainsi une solution pour certains fumeurs désireux de réduire leur dépendance au tabac. La cigarette électronique, très utilisée en France, ne permet pourtant pas à tous les fumeurs d’arrêter la cigarette et l’utilisation des sachets de nicotine s’inscrit dans la diversité des solutions pour diminuer la consommation de tabac, voire arrêter totalement. Retirer cette option pourrait inciter les fumeurs à rester sur la cigarette ou à se tourner vers des canaux d’achats non contrôlés de sachets de nicotine, les exposant à des risques sanitaires accrus.
En Suède, où ces produits sont courants et ont historiquement remplacé la cigarette, conduisant à une réduction drastique des cancers tabagiques, l’encadrement du produit et notamment de sa teneur en nicotine permet de ne constater aucun cas sérieux d’intoxication, en particuliers chez les plus jeunes. En mettant en place des règles claires sur les teneurs nicotiniques et en contrôlant leur commercialisation, les pouvoirs publics français pourraient assurer la protection de la jeunesse sans créer de risques sanitaires liés à la prohibition et tout en rendant le produit disponible pour les fumeurs qui en ont besoin. Après l’annonce de la Ministre, le sujet est à l’étude.


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