Malgré leur étiquette « responsable », certains fonds d’épargne salariale proposés par de grandes banques françaises continuent d’investir dans des projets liés aux énergies fossiles. Une situation dénoncée par l’ONG Reclaim Finance, qui pointe un décalage inquiétant entre les promesses de finance durable et la réalité des investissements.
Alors que la finance dite « durable » connaît une croissance constante depuis une dizaine d’années, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ses dérives. Parmi elles, celle de l’ONG Reclaim Finance, qui publie un rapport incisif sur les fonds d’épargne salariale « responsables » distribués par cinq grands groupes bancaires français. L’étude révèle qu’une part non négligeable de ces fonds continue de financer des projets dans les hydrocarbures, en contradiction avec leurs engagements affichés en matière de durabilité.
Un investissement loin d’être 100% vert
Reclaim Finance a passé au crible les fonds « responsables » de Crédit Agricole, Natixis Interépargne, Crédit Mutuel ES, Société Générale et BNP Paribas E&RE. Résultat : « Près de 20% des fonds intégrés dans ces gammes continuent d’investir dans des entreprises développant de nouveaux champs pétroliers et gaziers et de nouveaux terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié », alerte l’organisation.
L’ONG, qui milite pour une finance au service de la justice climatique et sociale, dénonce un écart préoccupant entre les slogans marketing des banques et la réalité de leur portefeuille d’investissements. Crédit Agricole et Société Générale sont notamment pointés du doigt pour la proportion importante de leurs fonds exposés à des projets fossiles : « plus de 30% de fonds » concernés dans leur offre respective.
Des promesses vertes qui sèment le doute
Dans sa communication, Crédit Agricole vante une gamme de produits « 100% engagée pour agir aujourd’hui sur le monde de demain » et évoque des fonds censés « apporter des solutions au changement climatique ». Reclaim Finance juge ces formulations trompeuses, d’autant plus que certains de ces fonds financent encore activement des projets liés aux hydrocarbures.
Contactée par l’AFP, la banque affirme que les épargnants ont également accès à des fonds « qui n’investissent pas dans le secteur énergétique ». Une réponse qui, si elle reconnaît implicitement le problème, ne suffit pas à dissiper les accusations de « greenwashing ».
Société Générale, de son côté, a été épinglée pour avoir laissé entendre que certains de ses produits bénéficiaient du label ISR (Investissement Socialement Responsable), sans que ce soit effectivement le cas. La banque a depuis modifié la mention litigieuse sur son site internet. « Société Générale veille à communiquer une information claire et précise à ses clients et s’attache en conséquence à clarifier tout contenu, comme dans le cas présent, dès qu’elle a connaissance d’une formulation qui pourrait mener à une erreur d’interprétation », a-t-elle indiqué à l’AFP.
Peu de fonds réellement durables
Reclaim Finance rappelle que les fonds « responsables » ne constituent encore qu’une faible portion de l’épargne salariale proposée aux Français : « en moyenne trois fonds sur dix ». Si l’étiquette ESG (environnement, social, gouvernance) peut rassurer les épargnants, elle n’est pas toujours synonyme d’un réel désengagement des secteurs polluants.
Certains acteurs de la finance défendent néanmoins la stratégie dite « d’engagement actionnarial », qui consiste à rester au capital d’entreprises impliquées dans les énergies fossiles pour influencer leur transition énergétique de l’intérieur. Un argument jugé insuffisant par les militants écologistes, qui y voient souvent un alibi pour retarder un désengagement nécessaire.
Une réglementation européenne plus stricte en approche
Face aux accusations de greenwashing et à la perte de confiance des investisseurs, l’Union européenne s’apprête à serrer la vis. Une nouvelle réglementation, attendue prochainement, devrait interdire aux fonds durables ou ESG de contenir des entreprises tirant 1% ou plus de leurs revenus du charbon, ou 10% du pétrole. Cette mesure vise à rétablir une cohérence entre les objectifs environnementaux des produits financiers et les activités qu’ils soutiennent réellement.
Ce tour de vis réglementaire pourrait contraindre de nombreux fonds à revoir leur stratégie d’investissement pour continuer à se réclamer « durables ». En attendant, Reclaim Finance appelle les banques et les gestionnaires de fonds à plus de transparence, et les épargnants à la vigilance.