La montée silencieuse mais alarmante du chemsex en France pousse désormais les députés à tirer la sonnette d’alarme. Lundi dernier, une résolution a été adoptée à l’Assemblée nationale, appelant l’État à mettre en place une véritable stratégie de prévention contre cette pratique à la fois taboue, dangereuse et en pleine expansion.
Le chemsex, contraction de « chemical » et « sex », désigne l’usage de drogues pour intensifier les rapports sexuels, souvent au cours de sessions prolongées, pouvant durer plusieurs heures, voire plusieurs jours. Substances euphorisantes, désinhibantes ou stimulantes (comme la 3-MMC, le GHB ou la méthamphétamine) sont utilisées à cette fin, au péril de la santé physique et mentale des participants.
Une alerte transpartisane
À l’origine de cette initiative parlementaire, la députée Renaissance Brigitte Liso, qui a su fédérer 124 parlementaires issus de tous les groupes politiques – à l’exception de La France insoumise (LFI) et du Rassemblement national (RN), non sollicités initialement. L’objectif : obtenir de l’État un état des lieux épidémiologique rigoureux, des campagnes de sensibilisation, le soutien aux associations, ainsi qu’une meilleure formation des professionnels de santé.
« Le chemsex reste méconnu en France, alors qu’il constitue un véritable enjeu de santé publique, voire de sécurité », a déclaré la députée Liso. Elle insiste sur la dimension délicate de la question, qui touche à des sphères intimes comme la sexualité – souvent homosexuelle – et l’usage de drogues illicites.
Une réalité préoccupante
Un rapport remis au ministère de la Santé en 2022 estimait qu’entre 100 000 et 200 000 personnes seraient concernées par le chemsex en France, un chiffre probablement en-deçà de la réalité. L’affaire très médiatisée de l’humoriste Pierre Palmade, impliqué dans un grave accident après plusieurs jours de consommation de drogues dans ce contexte, a contribué à mettre en lumière cette pratique jusque-là largement ignorée du grand public.
Ce phénomène, autrefois circonscrit à certains milieux gays urbains, tend aujourd’hui à se diffuser plus largement, y compris chez des jeunes hétérosexuels et dans des territoires variés. Les députés alertent sur la facilité d’accès aux substances via les applications de rencontre et sur les multiples risques associés : addictions, overdoses, rapports non protégés, agressions sexuelles, voire décès.
Une mobilisation encore incomplète
Le texte voté, bien qu’il n’ait pas de portée législative contraignante, devrait être adopté très largement, probablement à l’unanimité. Même le RN et LFI – initialement écartés – ont exprimé leur soutien à l’initiative. « Il faut briser le silence autour de cette réalité qui n’a plus rien d’anecdotique », plaide le député RN Thierry Frappé.
Le socialiste Arthur Delaporte, cosignataire de la résolution et président du groupe d’étude VIH/Sida à l’Assemblée, insiste lui aussi sur l’urgence d’agir. Il rappelle que l’actualité est ponctuée de drames liés au chemsex, évoquant par exemple la mort récente d’un ancien directeur de prison, victime présumée d’une overdose.
Une réponse publique jugée insuffisante
Déjà en octobre dernier, une tentative de financement avait été esquissée avec l’adoption en commission d’une enveloppe de 300 000 euros pour la prévention du chemsex. Une proposition portée par Brigitte Liso, mais finalement écartée du budget final voté par le gouvernement.
La députée Ségolène Amiot (LFI), également favorable à la résolution, met en garde contre une « vague » que les services publics ne seraient pas prêts à affronter. Elle pointe du doigt la saturation des structures d’addictologie et le manque de soutien aux populations hétérosexuelles, qui ne bénéficient pas du solide réseau associatif LGBT+ actif dans la prévention.
Ancienne militante associative, Mme Amiot dénonce par ailleurs le désengagement progressif de l’État dans les politiques de réduction des risques. « Il est plus que nécessaire que l’État investisse massivement et rapidement dans un plan de prévention », insiste-t-elle.
Vers une véritable stratégie nationale ?
Ce consensus politique inédit pourrait bien marquer un tournant dans la prise en charge du chemsex en France. Les élus espèrent désormais que l’exécutif traduira ces paroles en actes concrets. Car derrière les termes médicaux et les considérations politiques se cache une réalité humaine, souvent tragique, qui mérite une réponse à la hauteur des enjeux sanitaires et sociaux.