Explosion des prix des légumes à La Réunion

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Deux mois après le passage du cyclone Garance, les prix des fruits et légumes ont connu une explosion de près de 20 % à La Réunion. Une crise structurelle aggravée par les aléas climatiques, qui fragilise producteurs, commerçants et consommateurs.

Une explosion des prix inédite

Depuis le 28 février, date du passage du cyclone Garance, les étals des marchés de La Réunion ont radicalement changé de visage. Le kilo de tomates locales, vendu moins de 1,50 € en début d’année, dépasse désormais les 7 €. Même envolée pour les bananes, avec des prix entre 6 et 7 € le kilo, contre à peine 2 € auparavant. Résultat : une hausse de 19 % en moyenne sur les fruits et légumes frais en un seul mois, selon l’Insee.

« On a dû adapter toute notre carte », raconte Angelitto Houssen, restaurateur à Saint-Pierre. « Les tomates sont inabordables. On a remplacé par du concombre, mais ce n’est pas la même saveur. Même pour les enfants, on ne peut plus se permettre les fruits de saison. » Son témoignage résonne dans toute l’île, où la baisse du pouvoir d’achat se conjugue à la raréfaction des produits locaux.

Des récoltes ravagées, une agriculture en crise

À l’origine de cette situation : les pertes colossales subies par les agriculteurs. À Saint-Joseph, Charles-André Mussard, maraîcher, estime à 90 % la destruction de ses cultures de tomates sous serres. « On avait anticipé, retiré les bâches, mais le vent et les pluies ont tout détruit », déplore-t-il. Le constat est partagé à l’échelle de l’île : selon la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion, le cyclone aurait réduit de 35 % la production locale de fruits et légumes.

Pour Pierrick Robert, président de la CCI, « la crise climatique met notre agriculture à genoux. » Et cette fragilité structurelle menace directement la souveraineté alimentaire de l’île. La Daaf rappelle que La Réunion importe déjà 60 % de ses denrées alimentaires. Un chiffre appelé à grimper, à mesure que les catastrophes naturelles s’intensifient.

Les Réunionnais contraints de changer leurs habitudes

Cette crise du secteur agricole rejaillit directement sur la vie quotidienne. Dans les grandes surfaces, les légumes surgelés remplacent de plus en plus les produits frais. « On fait comme on peut », confie Jolan, 36 ans, croisé dans un supermarché à Saint-Denis. « Même les caris deviennent un luxe. »

Les commerçants observent la même tendance. Kevin Reddivassin, gérant du primeur Petit Bazar à Saint-Pierre, note une baisse de la fréquentation et du panier moyen : « Les gens viennent, regardent, mais achètent moins. Certains se rabattent sur les conserves, d’autres renoncent tout simplement. »

Un territoire déjà frappé par la précarité et la vie chère

À La Réunion, cette flambée des prix s’inscrit dans un contexte de grande vulnérabilité sociale. Le coût de l’alimentation y est déjà 37 % plus élevé qu’en métropole, selon l’Observatoire des prix et des marges (OPMR). Et l’écart ne cesse de se creuser : entre 2010 et 2022, il est passé de 24 à 37 % pour les produits alimentaires.

Avec un taux de pauvreté de 36 %, La Réunion est l’un des départements les plus touchés de France. « Le coût de la vie ne cesse d’augmenter, mais les revenus stagnent », déplore Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation pour le logement. « La précarité explose, et la sécurité alimentaire devient un vrai sujet. ».

Importations en hausse, souveraineté alimentaire en recul

Pour compenser la perte de production, les importations explosent. La Daaf indique une hausse de 12 % des importations de fruits après le cyclone Belal en 2024, et une augmentation de 9 % pour les légumes. Les pommes de terre, en particulier, ont vu leurs volumes importés grimper de 36 %. Ces produits, souvent plus chers à cause de l’octroi de mer, ne suffisent pas à freiner la hausse globale des prix.

Selon la Daaf, cette situation « souligne l’importance d’une politique renforcée en faveur de la souveraineté alimentaire ». Mais les moyens manquent, et les filières locales restent sous-financées.

La situation à La Réunion illustre une double vulnérabilité : celle d’un territoire insulaire fortement exposé au changement climatique, et celle d’une économie alimentaire dépendante des importations. Tant que la résilience agricole ne sera pas renforcée, chaque cyclone pourrait raviver la crise. Et pour les familles réunionnaises, les fruits et légumes risquent encore longtemps de rester hors de portée

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