L’association de consommateurs UFC-Que Choisir engage une procédure judiciaire collective contre le groupe Stellantis, accusé de manquements graves dans la gestion des rappels de véhicules équipés d’airbags Takata. Une première en France qui pourrait coûter cher au constructeur, déjà fragilisé par une perte de 2,3 milliards d’euros au premier semestre 2025.
Une réponse judiciaire face à l’immobilisation forcée de milliers de véhicules
L’affaire des airbags Takata, déjà tristement célèbre à l’échelle mondiale, prend un nouveau tournant en France. Ce mardi 22 juillet, UFC-Que Choisir a annoncé avoir déposé une action de groupe devant la justice française contre le constructeur automobile Stellantis. En cause : la gestion jugée « chaotique » par l’association des rappels de véhicules équipés de ces airbags potentiellement mortels.
Depuis 2023, des milliers de propriétaires de modèles Citroën ou Peugeot, notamment des C3, sont contraints d’arrêter de conduire leur véhicule, visés par des procédures de « stop drive ». Ces immobilisations sont exigées pour des raisons de sécurité, tant le danger représenté par ces coussins de sécurité défectueux est élevé. L’UFC-Que Choisir réclame aujourd’hui réparation pour les automobilistes victimes de ces mesures drastiques.
De lourds préjudices pour les automobilistes
L’action en justice engagée par UFC-Que Choisir vise à obtenir des indemnisations pour les consommateurs touchés. Selon Magali Buttard, responsable juridique de l’association, Stellantis est resté sourd aux nombreuses mises en demeure adressées depuis plus d’un an. En l’absence de réponse concrète, l’association a décidé de porter l’affaire devant le tribunal.
Les demandes portent sur plusieurs types de préjudices : une indemnité journalière pour chaque jour d’immobilisation du véhicule, des compensations pour les frais de location, des dommages pour les vacances annulées, mais aussi pour les souffrances morales subies par les automobilistes ayant circulé dans des véhicules considérés comme dangereux. Selon UFC-Que Choisir, si l’action de groupe aboutit, les indemnités pourraient atteindre « plusieurs milliers d’euros » par propriétaire concerné.
Une gestion critiquée, un constructeur sous pression
Le dossier est d’autant plus sensible qu’il survient alors que Stellantis traverse une mauvaise passe financière. Le groupe franco-italien a annoncé lundi une perte nette de 2,3 milliards d’euros au premier semestre 2025. Ce nouveau front judiciaire tombe donc à un moment particulièrement délicat pour l’entreprise, qui doit déjà composer avec un climat économique et commercial tendu.
L’association pointe une gestion désordonnée des rappels, opérés « de manière anarchique et déraisonnée ». Les décisions de « stop drive », en particulier, sont vues comme l’aveu d’un manquement à l’obligation générale de sécurité des véhicules. Une faute, selon UFC-Que Choisir, qui engage directement la responsabilité du constructeur.
Un accident mortel à Reims ravive le scandale
Fin juin, le gouvernement français a ordonné l’immobilisation immédiate de 800 000 véhicules supplémentaires en raison des airbags Takata, portant le total à 1,7 million de véhicules interdits de circulation jusqu’au remplacement de leur système de sécurité. Cette décision a été précipitée par un accident tragique survenu à Reims, où une conductrice a perdu la vie après l’explosion de son airbag lors d’un choc relativement mineur.
Ce drame n’est malheureusement pas isolé. Trois victimes françaises au moins auraient trouvé la mort ces dernières années dans des modèles Citroën C3, selon l’association. À l’échelle mondiale, les airbags Takata ont été responsables de la mort d’au moins 60 personnes dans 11 pays, dont 18 en France.
Une première action de groupe en France sur ce scandale
C’est la première fois qu’une action de groupe est intentée en France à propos des airbags Takata, près de dix ans après le début de ce scandale mondial. À l’étranger, notamment aux États-Unis, les constructeurs concernés – Ford, Honda, BMW, Toyota, Mazda ou encore Nissan – ont déjà versé un total de 1,5 milliard de dollars aux victimes.
Les airbags défectueux sont équipés d’un gaz propulseur, le nitrate d’ammonium, dont la stabilité se dégrade avec le temps, surtout dans les climats humides. Résultat : une activation trop brutale du système qui transforme l’airbag en véritable grenade, projetant dans l’habitacle des débris métalliques et plastiques, souvent avec des conséquences mortelles.
Une enquête judiciaire en cours en France
Sur le plan pénal, une enquête judiciaire a été ouverte en France. Des juges d’instruction enquêtent sur des soupçons de tromperie aggravée et de mise en danger de la vie d’autrui. Les responsabilités, tant du côté de Takata que des constructeurs qui ont utilisé ses équipements, sont au cœur des investigations.
Stellantis face à la justice
Le lancement de cette action de groupe par UFC-Que Choisir marque un tournant dans la gestion de ce dossier. Il ne s’agit plus seulement de sécurité automobile, mais d’une bataille juridique pour faire reconnaître les droits des consommateurs face à une défaillance systémique.
Alors que Stellantis espère traverser la tempête sans trop de dommages, cette procédure pourrait ouvrir la voie à d’autres actions similaires en Europe. Pour le constructeur, la pression monte. Et pour les automobilistes concernés, c’est peut-être enfin l’espoir d’une réparation, même partielle, des préjudices subis.


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