Les ONG Reclaim Finance et Canopée ont accusé BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole et Société Générale de financer indirectement des activités liées à la déforestation en Amazonie. Leur enquête, rendue publique aujourd’hui, pointe les liens financiers entre ces banques et deux géants du négoce de soja, Bunge et Cargill, dont certains fournisseurs brésiliens exploiteraient des terres récemment déboisées.
Des correspondances troublantes entre zones déboisées et infrastructures
Pour étayer leurs accusations, les ONG ont croisé des données satellitaires de MapBiomas, qui cartographie l’évolution des sols, avec les cadastres brésiliens recensant les entrepôts et silos de Bunge et Cargill. Leur analyse révèle que, dans 273 cas, les installations des deux groupes se situent à moins de 50 kilomètres de fermes implantées sur des zones déboisées. Une proximité jugée suffisamment significative pour laisser présumer un approvisionnement provenant de terres illégalement défrichées.
Les entreprises visées, parmi les plus puissantes du secteur agroalimentaire mondial, ont généré ensemble près de 200 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024.
Neuf milliards de dollars de financements en question
Selon Reclaim Finance, BNP Paribas, Crédit Agricole et BPCE ont participé entre janvier 2024 et août 2025 à trois opérations de financement en faveur de Bunge, représentant un total de 4,3 milliards de dollars. BNP Paribas a aussi accordé un prêt de 1,5 milliard de dollars à Cargill en octobre 2024, tandis que Société Générale a participé à un crédit de 3,2 milliards de dollars destiné à Bunge en mars 2024.
Au total, ce sont près de 9 milliards de dollars de financements impliquant les quatre banques françaises qui sont mis en lumière par les ONG.
Les banques invoquent leurs engagements environnementaux
Face à ces accusations, les établissements concernés ont réagi. BNP Paribas rappelle qu’elle impose à ses clients un objectif « zéro déforestation » à atteindre d’ici fin 2025, avec une vérification prévue en 2026. Crédit Agricole assure suivre de près la mise en œuvre de ses propres engagements dans ce domaine. La Société Générale affirme disposer de critères d’exclusion spécifiques pour les acteurs du soja en Amérique du Sud.
BPCE, en revanche, réfute fermement les conclusions des ONG, jugeant leurs chiffres « invérifiables » et leur méthodologie insuffisamment transparente. Le groupe précise qu’il publiera sa stratégie anti-déforestation d’ici fin 2025.
Un sujet sensible au cœur de la COP30
La polémique intervient alors que la COP30 se déroule à Belém, au Brésil, où la protection de l’Amazonie constitue l’un des thèmes centraux. La forêt amazonienne joue un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique grâce à sa capacité d’absorption du carbone. Un moratoire signé en 2006 interdit déjà la commercialisation du soja cultivé sur des terres déboisées après 2008, mais les ONG estiment que ses effets restent insuffisants sans un engagement plus ferme du secteur financier.


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