Confinement : l’éternelle galère du démarchage téléphonique

Pendant le confinement, le fléau du démarchage téléphonique ne faiblit pas et semble même s'aggraver

Le ras-le-bol des Français contre le démarchage téléphonique gagne du terrain. La raison ? Malgré le confinement, les appels intempestifs perdurent, prenant principalement pour cibles les populations fragiles.

Le démarchage téléphonique ne faiblit pas

« Une recrudescence » des appels depuis la mise en place du confinement. C’est en ces termes que Frédéric Delaval, un Lestramois interviewé par la Voix du Nord le 1er avril dernier, dénonçait les dérangements incessants liés au démarchage téléphonique, concernant la plupart du temps « l’isolation ou l’assurance ». Et pourtant, Frédéric, comme 4 millions de Français, est inscrit sur Bloctel.

Un cas loin d’être isolé si l’on en croît les résultats du sondage mené par l’UFC Que choisir en août 2018 : 9 Français sur 10 déclaraient déjà être excédés par le démarchage téléphonique. Dans le détail, 9 Français sur 10 jugeaient les appels « agaçants », un taux qui montait alors à 97 % chez les 50 – 64 ans. De même, 9 sondés sur 10 les considéraient « trop fréquents », un ratio qui s’élevait à 94 % dans la même tranche d’âge. Preuve que la situation n’a guère évolué depuis : la pétition réclamant la fin du démarchage téléphonique lancée par l’UFC Que Choisir en janvier 2020 compte à ce jour pas moins de 115 000 signatures.

Bloctel : l’échec du dispositif anti-démarchage

Le ras-le-bol des Français met en lumière le triste échec de l’ambitieux dispositif Bloctel. Que Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des Finances, a lui-même reconnu le 2 janvier 2020, dans une réponse au sénateur Les Républicains du Finistère, Philippe Paul. Dès 2016, l’UFC Que Choisir affirmait que, sur 330 000 plaintes déposées en ligne auprès du service Bloctel d’opposition au démarchage téléphonique par les consommateurs, seules… 2 avaient été suivies d’une mesure administrative contre une entreprise.

En outre, le service antidémarchage téléphonique prenant la forme d’une délégation de service public, il n’est pas géré directement par l’État, mais par plusieurs entreprises privées. Bloctel est ainsi opéré par un consortium de quatre entreprises, toutes spécialisées dans le webmarketing… Avec, en conséquence, des inquiétudes concernant le risque de conflit d’intérêts, les entreprises gérant le service étant elles-mêmes peu ou prou spécialisées dans le démarchage.

Un nouvel encadrement législatif déjà critiqué

Face à ces différents constats, une nouvelle loi destinée à lutter plus efficacement contre les abus liés à cette pratique a vu le jour en janvier 2020. Un durcissement législatif nécessaire au vu de l’impopularité grandissante de ce phénomène. La loi, datée du 30 janvier 2020, acte ainsi un durcissement des sanctions pouvant s’élever à 375 000 euros pour les entreprises et 75 000 euros pour les particuliers. De même, la reconduction tacite de l’inscription sur Bloctel est prévue et le démarchage téléphonique dans le secteur de la rénovation, particulièrement prisé par les démarcheurs au vu des aides étatiques existantes, est quant à lui interdit. Un décret devrait par ailleurs venir compléter la loi afin d’encadrer les tranches horaires et journalières autorisées à la pratique du démarchage téléphonique.

Aussitôt promulguée, aussitôt critiquée. Des parlementaires issus de l’opposition, comme de la majorité sont en effet montés au créneau pour réclamer, à l’instar de ce qui se fait dans bon nombre de pays européens, l’adoption d’un système d’opt-in en lieu et place de l’actuel système d’opt-out.

L’opt-in repose en effet sur le consentement préalable des utilisateurs, tandis que l’opt-out part du principe que tous les individus sont enclins à être démarchés, sauf si ces derniers ont exprimé leur désaccord au préalable. Les associations de consommateurs réclament elles-aussi le basculement vers un dispositif d’opt-in à l’instar des députés La France Insoumise, qui vont d’ailleurs jusqu’à exiger l’interdiction pure et simple de la prospection commerciale par téléphone à destination des particuliers. Une vision partagée par certains députés Les Républicains, comme Fabrice Brun. Et surtout, par une large majorité des consommateurs. Un sondage mené par UFC — Que Choisir, daté de juin 2018, indique ainsi que 88 % des Français souhaiteraient pouvoir donner leur accord avant d’être démarché par téléphone.

En bref, pour de nombreux ménages, le fléau du démarchage téléphonique n’a que trop duré. Les personnes fragiles et isolées, par définition moins armées pour résister aux pressions commerciales, sont particulièrement touchées. Si l’encadrement législatif renforcé doit alourdir les sanctions, rien n’indique qu’une baisse du phénomène puisse être espérée à court terme.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.